Des policiers ont mis le feu à Port-au-Prince : le sommet a allumé la mèche

Lundi 27 avril, Port-au-Prince n’a pas explosé par hasard. Tirs nourris, axes verrouillés, population prise en étau : une capitale à feu pour une affaire que la hiérarchie de la Police nationale d’Haïti pouvait — et devait — prévenir. À qui profite le silence ? Qui, réellement, fabrique le désordre ?

La réponse dérange, mais elle s’impose. Qu’on arrête les faux-semblants. Les vrais fauteurs de troubles ne sont pas ceux que l’on pointe du doigt dans la rue, arme à la main, sous la pression et la colère. Le véritable fauteur de troubles, c’est une hiérarchie qui se mure dans l’opacité, refuse de communiquer et laisse pourrir des situations explosives.

Depuis le 14 avril, tout était là : interpellations, isolement, accusations graves, tension interne. Et pourtant, silence total. Pas un mot clair. Pas une ligne officielle. Pas une stratégie. Rien. Le vide informationnel. Ce vide devient une mèche. Et cette mèche, la hiérarchie l’a allumée.

Quand une institution armée fonctionne dans l’opacité, elle fabrique elle-même ses propres crises. Quand la vérité est confisquée, la rue s’en empare. Quand la hiérarchie méprise ses propres hommes, elle perd le contrôle. Ce n’est pas une surprise. C’est une mécanique.

Quatre policiers placés en isolement. Pourquoi ? Kidnapping ? Insubordination ? Abus d’autorité ? Le pays ne sait rien. Aucune version officielle solide, aucun point de presse, aucune transparence. Pendant ce temps, les familles s’agitent, les collègues s’inquiètent, la rue s’enflamme. Fallait-il attendre que Port-au-Prince s’embrase pour parler ? Fallait-il attendre que des policiers descendent dans les rues pour rappeler qu’une institution ne se gère pas dans le secret, mais dans la responsabilité ?

Et aujourd’hui, certains voudraient réduire cette séquence à une simple « insurrection » de policiers incontrôlés. C’est une insulte à l’intelligence. Ces hommes dans la rue ne sont pas sortis de nulle part. Ils sont le produit d’un système qui étouffe, qui ignore, qui humilie, jusqu’à provoquer la rupture. On peut condamner la forme, mais il faut nommer la cause : une hiérarchie incapable, déconnectée et dangereuse.

Le cœur du problème porte un nom : le sommet de la Police nationale d’Haïti. Le directeur départemental Ouest 1 de la PNH, le commissaire divisionnaire Yvon Cantave, accusé par les policiers protestataires d’abus d’autorité, et toute la chaîne de commandement qui, par inertie ou par calcul, ont laissé la situation pourrir. Ils avaient les moyens d’agir. Ils avaient le devoir d’informer. Ils avaient l’obligation d’anticiper. Ils n’ont rien fait.

Et qu’on ne parle pas d’erreur. Ce n’est plus une erreur quand les signaux sont ignorés, quand les alertes sont méprisées, quand les conséquences sont prévisibles. C’est une faute lourde. Une faillite. Une démission de fait.

À O-News 1ère, nous le disons sans détour : le désordre de lundi a été fabriqué en haut lieu. Les véritables fauteurs de troubles portent des galons. Ils se cachent derrière des bureaux, derrière le silence, derrière l’absence de courage. Ils s’incarnent dans une direction départementale Ouest 1 défaillante, incapable d’exercer l’autorité autrement que par l’ombre et l’improvisation.

L’État ne peut pas exiger l’ordre s’il produit lui-même le désordre. La PNH ne peut pas réclamer la discipline si sa hiérarchie fuit ses responsabilités. À défaut de vérité, la rue parlera toujours. Et lundi, la rue a parlé, avec fracas.

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