Il y a des moments où la prudence ne suffit plus. Il faut parler clairement. Quand des laits infantiles visés par un rappel sanitaire en Europe se retrouvent encore sur les étagères à Port-au-Prince, ce n’est pas une simple anomalie commerciale. C’est une alerte rouge.
Les faits sont établis. D’après les informations révélées le vendredi 13 février par le média en ligne AyiboPost, des boîtes de lait infantile Danone concernées par un rappel en Europe sont toujours en vente dans la capitale haïtienne.
À Olympic Market, à Lalue, des Blédilait Junior et des Gallia restent proposés aux familles. À Delimart, à Turgeau, des produits portant les mêmes codes, avec une date de durabilité minimale au 25 juillet 2026 — correspondant aux lots rappelés — ont aussi été observés.
On parle ici de nutrition pour nourrissons. Pas de produits de luxe. Pas d’articles secondaires. De la nourriture pour bébés.
Alors posons la question sans détour :
Qui a vérifié ces lots ?
Qui a laissé ces produits en rayon ?
Qui assume le risque sanitaire ?
Le principe de précaution devrait être automatique. Dans tout système responsable, un rappel international sur des laits infantiles déclenche immédiatement des retraits préventifs et des vérifications. Pas des débats. Pas des délais. Pas des silences.
Car chaque jour d’exposition supplémentaire, ce sont des parents qui achètent en confiance et des enfants qui consomment sans défense.
Il ne s’agit pas de rumeurs ni d’émotions. Il s’agit de codes de lots, de dates, de constats sur le terrain. Des éléments vérifiables.
Ce dossier illustre une réalité inconfortable : l’absence de mécanismes rapides de rappel et de contrôle en Haïti, notamment par le ministère du Commerce et les douanes, ouvre la porte à des situations où des produits écartés ailleurs continuent de circuler ici.
Aucun commerçant sérieux ne peut ignorer les alertes sanitaires touchant des produits pour bébés. Aucune autorité sanitaire ne peut considérer cela comme un détail. Aucune société ne peut banaliser un risque pour ses nourrissons.
La confiance des consommateurs repose sur une certitude simple : ce qui est vendu pour un enfant doit être sûr. Si cette certitude disparaît, c’est tout le système qui vacille.
Haïti ne doit jamais devenir le marché de seconde chance de produits retirés ailleurs. La protection des enfants ne doit pas dépendre de la géographie.
Parce qu’au bout du compte, il ne s’agit ni d’image, ni de commerce, ni de réputation. Il s’agit de la santé de bébés haïtiens. Et cela ne devrait tolérer aucune zone grise. Parce qu’en matière de santé infantile, prévenir n’est pas un luxe — c’est un devoir.
