Files interminables, moteurs à l’arrêt, familles menacées. À Port-au-Prince, la rareté d’essences constatée dans les pompes frappe de plein fouet les chauffeurs de taxi-moto, laissés seuls face à une crise qui expose, une fois de plus, l’impuissance des autorités.
Il est 9 heures. Lundi matin sur la route de Delmas. Nous sommes dans une station-service. Ici, les pistolets de distribution de carburant restent accrochés aux volucompteurs. Autour, la tension est palpable : bousculades, cris, colère. Depuis l’aube, des chauffeurs de taxi-moto attendent, espèrent… en vain. Comme James, coincé dans la file depuis 6 h 25 du matin, sans une goutte d’essence. « C’est décourageant », lâche-t-il, épuisé.
Mais derrière l’attente, c’est toute une survie qui vacille. Pour Jude, 35 ans, son taxi-moto n’est pas un simple véhicule : c’est son unique source de revenu. Sans carburant, plus de courses. Sans courses, plus de nourriture.
« Ce taxi-moto est mon seul espoir. Comment prendre soin de ma famille si je ne peux pas travailler ? », s’inquiète-t-il, au bord de la rupture.
Depuis quelques jours, se procurer de l’or noir est devenu un casse-tête chinois pour les usagers de la route. Une crise répétée, devenue structurelle, qui met à nu la faillite des autorités. Pendant que les files s’allongent, la colère gronde. Et dans les rues de Port-au-Prince, ce sont les plus vulnérables qui paient le prix fort.
