Le pays enterre ses morts pendant que les responsables s’accrochent à leurs postes. 48 heures après le carnage de la Citadelle Henri, la colère explose de toutes parts et une seule question s’impose : qui va payer ? Car ce drame n’est pas une tragédie naturelle. C’est un crime d’État par négligence.
Ce qui s’est produit le 11 avril 2026 à Milot, dans le Nord d’Haïti, dépasse l’entendement. À la Citadelle Henri, haut lieu de mémoire classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982, des milliers de citoyens ont été abandonnés à eux-mêmes, sans encadrement, sans sécurité, sans secours. Un site historique transformé en piège mortel. Et derrière ce chaos, une réalité : l’État haïtien a failli. Encore.
Qu’on arrête immédiatement de parler d’« accident ». Il n’y a rien d’accidentel dans un système où aucune autorité ne contrôle les foules, où aucune institution ne sécurise un site touristique majeur, où aucune coordination n’existe entre les acteurs publics. ANAP absente. BSAP invisible. ISPAN disparu. Ministère du Tourisme inexistant. Ministère de la Culture hors service. Et la mairie ? Occupée à encaisser.
Oui, encaisser. Selon les informations recueillies par O-News 1ère, 150 gourdes ont été perçues sur chaque visiteur. Une taxe sur la vie humaine. Une logique cynique : faire entrer de l’argent, peu importe le danger. Résultat : plus de 20 000 personnes entassées dans un espace sans capacité d’accueil, sans plan d’évacuation, sans aucune mesure de gestion de foule. C’était une bombe à retardement. Elle a explosé.
Et pendant que le sang séchait encore sur les pierres de la Citadelle Henri, que fait le pouvoir ? Trois jours de deuil national, les 14, 15 et 16 avril. Trois jours de silence officiel pour masquer trois décennies d’irresponsabilité. Non. Le deuil ne suffit pas. Le deuil ne protège pas. Le deuil ne rend pas justice.
Ce que le pays exige aujourd’hui est clair : des sanctions immédiates, visibles, irréversibles. Pas des promesses. Pas des commissions. Pas des discours. Des actes.
Les responsables doivent tomber. Tous. Sans exception. Le maire de Milot doit être révoqué sur-le-champ. Les responsables régionaux de l’ANAP (Agence Nationale des Aires Protégées), de la BSAP (Brigade de Sécurité des Aires Protégées) doivent être démis immédiatement. Les représentants du ministère du Tourisme, de la Culture, de l’ISPAN (Institut de Sauvegarde du Patrimoine National) dans le Nord doivent être écartés sans délai.
Ce n’est pas une chasse aux sorcières. C’est une exigence minimale dans tout État qui prétend exister. Gouverner, ce n’est pas occuper un fauteuil. C’est protéger des vies. Et quand des vies sont perdues par négligence, on ne reste pas en poste. On part. Ou on est contraint de partir.
Mais cela ne suffit pas. Car il ne s’agit pas seulement de défaillance administrative. Il s’agit potentiellement de responsabilité pénale. Ce qui s’est passé à la Citadelle Henri doit être porté devant la justice. Les décideurs doivent être convoqués, interrogés, jugés. Qui a autorisé ? Qui a fermé les yeux ? Qui a encaissé ? Qui n’a rien fait ?
Le pays n’a pas besoin d’une enquête interminable pour gagner du temps. Les faits sont là. Les responsabilités sont évidentes. Ce qu’il manque, ce n’est pas l’information. C’est le courage politique.
Car la vérité est plus large encore : la Citadelle Henri n’est que le symptôme d’un État décomposé. Un État qui ne planifie pas, qui ne contrôle pas, qui ne protège pas. Un État qui laisse faire, puis pleure après. Un État qui transforme chaque événement en catastrophe, chaque foule en danger, chaque citoyen en victime potentielle.
Combien de morts faudra-t-il encore pour que cela cesse ? Combien de drames faudra-t-il pour que la responsabilité devienne une réalité et non un mot vide ?
Les victimes de la Citadelle Henri ne demandent pas de compassion. Elles exigent la justice. Elles exigent que leurs morts servent à quelque chose. Elles exigent que ce pays arrête de banaliser l’inacceptable.
Il est temps de rompre. Rompre avec l’impunité. Rompre avec la complaisance. Rompre avec cette culture du « rien ne se passe ».
Sans révocations immédiates, sans poursuites judiciaires, sans sanctions exemplaires, ce drame ne sera qu’un de plus. Et le prochain est déjà en préparation. Il reste à en identifier le lieu.
