La prestation de serment et l’installation de la nouvelle commission administrative du Cap-Haïtien, dirigée par Michel Saint-Croix, ont provoqué une véritable secousse politique dans la cité christophienne. Entre accusations de « coup d’État administratif », polémique autour de l’absence du Moniteur lors de la cérémonie et riposte des juristes, le débat enflamme déjà les rues, les radios et les cercles politiques du Nord.
La tension est montée d’un cran dès la matinée du vendredi 22 mai 2026, lorsque Michel Saint-Croix, accompagné de Micardo Vréus et d’Edline Jean comme membres de la commission administrative, a prêté serment devant le juge Samuel Philippaux de la section Nord du tribunal du Cap-Haïtien avant d’être installé à la mairie de la ville. Très rapidement, des voix se sont élevées pour dénoncer une installation jugée « irrégulière », certains allant jusqu’à parler d’un « coup d’État administratif ».
Au cœur de la controverse : l’absence, au moment même de la cérémonie de prestation de serment, vers 9 heures, d’une copie physique du journal officiel Le Moniteur contenant l’arrêté ministériel publié le 15 mai dernier officialisant la nomination de la commission.
Selon plusieurs témoignages, après plusieurs heures d’attente dans le salon de la mairie, le document n’aurait été apporté que plus tard dans l’après-midi, soit vers 14 heures, par le délégué départemental du Nord, Marc Merzius Présumé. Une situation qui a immédiatement alimenté les soupçons et les interprétations politiques.

Mais plusieurs spécialistes du droit consultés par O-News 1ère rejettent catégoriquement la thèse de l’illégalité. Pour Me Lionel Édouard, avocat au Barreau de Port-au-Prince, la nomination était déjà pleinement valide dès lors qu’elle avait été approuvée en Conseil des ministres le 6 mai et officiellement publiée dans Le Moniteur. « La publication constitue la consécration légale de la décision de l’État », soutient également Me Arnel Rémy, doctorant en droit privé à l’Université Paris 8.
Selon les juristes interrogés, l’absence temporaire d’une copie imprimée lors de la cérémonie ne suffit pas à annuler ou invalider une nomination déjà rendue officielle par l’État haïtien. Me Antonal Mortimé estime même qu’il s’agissait avant tout d’un acte protocolaire. « Dès lors que la nomination existe légalement à travers l’arrêté publié dans Le Moniteur, le maire peut entrer en fonction », explique l’avocat militant au Barreau de Miragoâne.
Face aux accusations de « coup d’État », Me Arnel Rémy dénonce ce qu’il considère comme une manipulation politique. « Un coup d’État, c’est une prise de pouvoir illégitime par la force. Ici, la décision émane du Conseil des ministres et du pouvoir exécutif légalement établi. Parler de coup d’État dans ce dossier ne correspond pas à la réalité juridique », tranche-t-il. Pendant ce temps, au Cap-Haïtien, le débat continue d’enflammer l’opinion publique et révèle une nouvelle fois les profondes fractures politiques qui secouent le pays.
