Un rapport accablant de la Fondation Je Klere (FJKL) révèle les dessous d’une convention controversée signée par l’État haïtien pour la construction et l’exploitation de trois prisons. Selon l’organisation, ce contrat pourrait coûter plus de 6 milliards de dollars américains sur 50 ans, au bénéfice d’une société privée.
Dans ce rapport de 13 pages publié le 4 mars 2026, la Fondation Je Klere (FJKL) accuse le gouvernement dirigé par le Premier ministre de facto contesté Alix Didier Fils-Aimé d’avoir engagé l’État haïtien dans une convention jugée extrêmement désavantageuse pour les finances publiques.
Le 15 décembre 2025, l’État haïtien, par l’intermédiaire du ministre de la Justice Patrick Pélissier et du ministre des Finances Alfred Fils Metellus, a signé une convention de concession de 50 ans avec la société Metric Facility S.A., en partenariat avec Metric Management Inc. (États-Unis) et Transcaribbean Energy Partners & Consulting S.A. (Panama). Le projet, approuvé par le Premier ministre, prévoit la conception, la construction, l’exploitation et l’entretien de trois prisons modernes à Source Matelas (Arcahaie), Morne Casse (Fort-Liberté) et Pasquette (Jacmel).
Selon la convention, le coût de construction des infrastructures est estimé à 85,4 millions de dollars américains hors taxes. Mais la FJKL souligne que le concessionnaire ne devrait investir qu’environ 20 millions de dollars, soit près de 25 % du projet. Le reste pourrait être financé par des prêts garantis par l’État haïtien via la Banque de la République d’Haïti.
Le point le plus controversé du contrat concerne le mécanisme de paiement. L’État haïtien s’engage à verser 22 dollars américains par détenu et par jour pendant cinquante ans, avec une garantie d’occupation minimale de 75 % des prisons, même en l’absence de détenus. Selon les calculs de la FJKL, ce dispositif pourrait représenter plus de 6 milliards de dollars versés au concessionnaire sur la durée de la concession.
L’organisation dénonce également l’absence d’appel d’offres, le contrat ayant été signé de gré à gré, en violation des règles relatives aux marchés publics. Pour la FJKL, ce montage financier fait porter l’essentiel du risque à l’État haïtien, tandis que la société concessionnaire bénéficierait d’un accord particulièrement avantageux.
La fondation estime enfin que cet engagement pourrait alourdir la dette publique et réduire les marges de manœuvre de l’État pour financer des politiques sociales. Elle appelle les institutions de contrôle, notamment l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), à ouvrir une enquête afin d’établir les responsabilités dans ce contrat aux implications financières majeures pour l’avenir d’Haïti.
