5 millions d’affamés, 1,5 million de déplacés… Et, le PM de facto promet : risque d’un écran de fumée politique !

À quelques heures de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé a promis, dans une adresse à la Nation dans la soirée du samedi 7 février, un plan humanitaire d’urgence. Aide alimentaire, soins, abris : les mots sont forts pour un pays où plus de 5 millions de personnes ont faim et où l’État peine déjà à protéger ses citoyens.

Il ne s’agit pas là d’un hasard de calendrier. Cette annonce intervient le jour même d’un tournant institutionnel majeur, dans un contexte où la transition politique s’enlise et où la légitimité du dirigeant désormais à la tête d’un exécutif monocéphale est remise en cause.

Promettre un « déploiement immédiat » de solutions humanitaires dans un pays où l’insécurité paralyse déjà l’action des ONG et des institutions relève d’une ambition louable, mais aussi d’un pari risqué sur la mémoire collective. Car les Haïtiens ne manquent plus de promesses. Ils manquent de résultats.

Selon l’ONU, plus de 5 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire. MSF estime par ailleurs à 1,5 million le nombre de déplacés. Un système hospitalier à genoux. Des quartiers entiers hors de contrôle.

Cette crise n’a rien de soudain. Elle est le produit d’années d’effondrement de l’État, d’abandon des politiques publiques et de compromissions avec des intérêts économiques et politiques bien identifiés.

Dans ce contexte, annoncer aujourd’hui ce qui aurait dû être une priorité depuis des années sonne, pour beaucoup, comme un aveu tardif.

La question centrale reste la sécurité. Comment acheminer de l’aide dans des territoires contrôlés par des groupes armés ? Comment garantir que l’assistance ne devienne pas une monnaie d’échange ou un outil d’influence politique ?

Les organisations humanitaires le répètent : l’accès est le principal obstacle. Tant que l’État ne contrôle ni le territoire ni les axes stratégiques, toute promesse humanitaire reste fragile.

Le Premier ministre de facto bénéficie du soutien affiché des États-Unis et d’une partie de l’élite économique locale. Ce soutien diplomatique et financier peut être un levier, ou un piège.

Car une aide humanitaire pilotée dans un contexte de dépendance politique risque toujours d’être perçue comme un instrument de stabilisation du pouvoir plutôt que comme un véritable projet social.

Et le peuple haïtien, lui, n’est pas dupe : l’aide qui sauve ne doit pas être l’aide qui lie.

Distribuer des kits alimentaires ne remplacera pas un État fonctionnel. Ouvrir des abris ne remplacera pas une stratégie de sécurité crédible. Soigner des blessés ne guérira pas un système en déliquescence.

L’urgence humanitaire est réelle, dramatique, indiscutable. Mais elle est aussi le symptôme d’un vide politique et institutionnel que personne ne semble prêt à combler durablement.

Oui, toute aide est nécessaire. Oui, chaque vie sauvée compte.

Mais le pays a besoin de plus que des annonces. Il a besoin de cap, de transparence et de décisions courageuses.

Sans cela, les plans d’urgence risquent de devenir de simples parenthèses dans une crise qui, elle, ne fait que durer.

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