En Haïti, les femmes vivant avec un handicap paient un lourd tribut à l’explosion de la violence armée. Chassées de leurs maisons, victimes de violences sexuelles et souvent abandonnées dans leur fuite, elles dénoncent une catastrophe humaine ignorée par les autorités.
Même son handicap visuel n’a pas épargné Angeline de l’enfer qui ravage Port-au-Prince. Prisonnière d’une ville livrée aux gangs armés, cette femme aveugle a dû fuir sous les balles à travers des quartiers tombés entre les mains des bandits. Déjà confrontée chaque jour aux obstacles imposés par sa déficience, elle raconte aujourd’hui la terreur, la panique et l’abandon vécus au cœur du chaos sécuritaire qui broie les plus vulnérables.
« Dès qu’on entend dire que les gangs arrivent, il faut courir, il faut fuir. Mais comment courir quand on ne voit pas ? En tant qu’aveugle, une seule question vous hante : qui va vous aider ? Qui va vous abandonner derrière ? Pendant que tout le monde cherche à sauver sa vie, vous tombez, vous vous relevez, vous vous cognez partout sous la panique et les balles. Ce n’est pas une vie. Vivre avec un handicap visuel en Haïti aujourd’hui, au milieu de cette insécurité, c’est vivre dans une peur permanente », témoigne-t-elle.

Pour Louvenie Pierre, présidente a.i. de l’Union des femmes à mobilité réduite d’Haïti (UFMORH), ce témoignage bouleversant n’est qu’un aperçu de l’enfer que vivent aujourd’hui des centaines de femmes handicapées abandonnées au cœur du chaos sécuritaire en Haïti. Face à cette tragédie humaine largement ignorée, elle lance un cri d’alarme.
« Dans plusieurs quartiers tombés sous le contrôle des groupes armés, des femmes handicapées ont été contraintes de fuir sous les balles malgré leurs déficiences physiques ou visuelles, souvent sans aucune assistance, sans protection et parfois même abandonnées à leur sort », dénonce-t-elle avec indignation.

Selon l’organisation, les femmes vivant avec un handicap figurent aujourd’hui parmi les victimes les plus vulnérables et les plus exposées à la barbarie des gangs armés. Violées, traquées, chassées de leurs maisons et abandonnées dans la tourmente, elles paient un lourd tribut à l’effondrement sécuritaire du pays.
Soinette Désir, fondatrice de l’UFMORH, révèle qu’au moins une soixantaine de femmes handicapées ont déjà été recensées comme victimes de violences sexuelles. Environ 90 autres ont été contraintes de fuir leur domicile à cause des violences armées et des abus familiaux aggravés par la crise sécuritaire.

Face à cette catastrophe humaine, l’Union des femmes à mobilité réduite d’Haïti appelle les autorités haïtiennes ainsi que les organisations internationales à sortir de l’indifférence et à agir de toute urgence pour protéger les personnes vivant avec un handicap, en particulier les femmes, trop souvent abandonnées et invisibilisées dans les plans d’urgence et les réponses humanitaires.
Pour ces victimes oubliées, chaque attaque de gang ne représente pas seulement une menace de mort : elle peut aussi signifier l’abandon total au cœur du chaos, sans assistance, sans protection et sans possibilité de fuir.

