de notre correspondant aux Cayes, Richecard Delva — Pendant que l’État fixe ses tarifs, le département du Sud impose les siens. Hausse brutale des prix, décisions locales controversées et colère citoyenne. Le carburant devient le symbole d’un pays qui se fragmente.
À partir du 3 avril, le Sud prend ses distances avec Port-au-Prince. Alors que l’État haïtien établit la gazoline à 725 gourdes, le diesel à 850 et le kérosène à 845, les autorités départementales imposent leurs propres règles : 800 gourdes pour l’essence, 900 pour le diesel. Une hausse de 75 gourdes qui installe un climat de confusion et alimente le sentiment d’un territoire fonctionnant en marge des règles nationales.
Derrière cette décision, une réunion sous tension tenue le 2 avril au Parquet des Cayes. Le délégué départemental du Sud, Charles Linscolt, le commissaire du gouvernement, Me Pierre Wilner Dormevil, des représentants de la mairie, de la Police nationale, du ministère du Commerce, l’ANAPROS, les propriétaires de stations-service, ainsi que la presse, représentée par Valince Georges, ont tenté d’éviter le pire : une paralysie totale. Les stations-service menaçaient de fermer. Résultat : un compromis imposé dans l’urgence, validé par tous… mais au détriment direct de la population déjà étranglée.
Sur le terrain, les mesures se durcissent. Vente de carburant en gallons interdite, sauf privilèges spéciaux. Et pendant ce temps, le transport devient un luxe : 1 850 gourdes pour relier Les Cayes à Port-au-Prince. Un tarif jugé absurde dans un contexte d’insécurité chronique, de routes quasi impraticables et de péages multiples qui étouffent les usagers.
Plus qu’une simple hausse, c’est un signal d’alarme. Entre décisions locales, pression économique et État fragilisé, le Sud cristallise une dérive inquiétante. Jusqu’où ira cette logique de rupture ? Et surtout, combien de temps la population pourra-t-elle encore tenir ?
