L’apparition officielle d’au moins un cas de hantavirus aux États-Unis aurait déjà dû provoquer une mobilisation immédiate des autorités haïtiennes. Pourtant, comme dans presque toutes les grandes crises qui frappent le pays, le pouvoir de facto semble encore attendre que la catastrophe explose avant de commencer à bouger. Cette dangereuse culture de l’improvisation continue de mettre des millions d’Haïtiens en danger.
Les États-Unis ne sont pas un pays lointain pour Haïti. Des milliers de voyageurs circulent constamment entre les deux territoires. Une personne déjà contaminée, 17 autres placées en quarantaine et des mécanismes de surveillance déjà renforcés par les autorités américaines : tous les signaux sont déjà au rouge. Mais du côté haïtien, aucun véritable plan public de prévention sanitaire n’a encore été clairement présenté à la population.
Le plus inquiétant reste l’état catastrophique du système de santé haïtien. Hôpitaux sous-équipés, manque de matériel, personnel médical abandonné, institutions publiques paralysées par l’instabilité et l’insécurité : Haïti n’est absolument pas préparée à faire face à une nouvelle urgence sanitaire majeure. Malgré cela, les autorités continuent de fonctionner comme si le pays avait le luxe d’attendre.
Le gouvernement de facto, contesté mais adoubé par Washington, devrait déjà être en train de renouveler les stocks de masques de protection, de former les agents de santé, de renforcer les contrôles dans les aéroports, les ports et les points frontaliers, et de préparer des centres de prise en charge à une éventuelle urgence. Mais, une fois encore, l’impression qui domine est celle d’un État absent, lent et dépassé par les événements avant même qu’ils n’arrivent.
Après le traumatisme de la COVID-19, ne pas agir immédiatement face à une nouvelle menace sanitaire relèverait d’une irresponsabilité criminelle aux conséquences potentiellement catastrophiques. Si le hantavirus finit par atteindre le territoire haïtien dans un pays aussi vulnérable, le chaos pourrait devenir incontrôlable. Et cette fois encore, ce sont les citoyens abandonnés qui paieront le prix de l’inaction des dirigeants.
