La tragédie de Kenscoff révèle une nouvelle fois les failles béantes de l’État haïtien. Alors que l’attaque aurait été annoncée 24 heures à l’avance, les autorités n’ont pas empêché le carnage. Une passivité qui soulève de graves questions sur la responsabilité du pouvoir.
Plus d’une quarantaine de personnes ont été assassinées dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 août à Kenscoff, dans une attaque attribuée à la coalition criminelle « Viv Ansanm ». Au moins 47 corps ont été retrouvés dans les rues, tandis que des maisons ont été incendiées et des habitants enlevés, rapporte Adrien Alté, CASEC de la localité de Nouvelle-Touraine. La population, traumatisée, pleure ses morts et cherche encore à comprendre comment un tel massacre a pu se produire alors que la menace était connue.
Le chef du gouvernement de facto, Alix Didier Fils-Aimé, ne peut pas se contenter d’une condamnation de circonstance. Il est également président du Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN), l’instance au sommet de la coordination des questions de sécurité publique. Or, selon les informations disponibles, le chef de gang avait annoncé 24 heures avant son intention d’envahir le centre-ville de Kenscoff. Si cette alerte était connue des autorités, pourquoi aucune réponse sécuritaire à la hauteur de la menace n’a-t-elle été mise en place ? Cette question est incontournable.
La responsabilité du directeur général de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, est elle aussi directement posée. Quand une attaque d’une telle ampleur est annoncée à l’avance, la police ne peut attendre que les cadavres jonchent les rues pour réagir. Face à ce massacre annoncé, l’inaction opérationnelle de la police ressemble dangereusement à une démission de l’État.
Kenscoff n’a pas seulement été frappée par des criminels. Elle a été abandonnée par un État incapable de transformer les alertes en actions. Combien de morts faudra-t-il encore avant que les dirigeants cessent de gérer les massacres à coups de communiqués ? La population n’a pas besoin de nouvelles promesses ni de déclarations de circonstance. Elle exige des comptes, des décisions et une véritable opération de protection. À Kenscoff, le sang des victimes interpelle directement ceux qui avaient le devoir de les protéger.
