Au lendemain de la révocation de deux militaires accusés d’avoir participé au vol de quatre sacs de sucre, l’un d’eux a accordé une entrevue exclusive à O-News 1ère. Sous couvert d’anonymat, par crainte pour sa sécurité, il rejette catégoriquement les accusations portées contre lui et affirme être victime d’un règlement de comptes dont les motivations seraient bien plus profondes que celles avancées officiellement.
Alors que plusieurs médias ont relayé depuis vendredi 5 juin la décision des Forces armées d’Haïti (FAd’H) de révoquer deux soldats pour leur implication présumée dans le vol de quatre sacs de sucre, l’un des militaires sanctionnés livre une tout autre version des faits à O-News 1ère. Se disant « profondément attristé » par cette mesure qu’il juge injuste, il affirme ne toujours pas comprendre pourquoi seuls deux soldats ont été sanctionnés alors que, selon lui, quatre militaires composaient la patrouille concernée. « Si nous étions quatre dans cette patrouille, pourquoi sommes-nous seulement deux à être sacrifiés ? », s’interroge-t-il.
Pour ce militaire, cette révocation dépasse largement le cadre d’une simple affaire de vol. Il parle d’un « show médiatique » destiné à humilier publiquement deux soldats. Dans son témoignage, il évoque également un climat malsain au sein de certaines bases militaires, affirmant que des comportements inappropriés et des avances sexuelles de la part de certains supérieurs hiérarchiques existeraient depuis longtemps. Il soutient avoir lui-même refusé une sollicitation déplacée d’un haut gradé.
« Un jour, il m’a appelé dans son bureau. Après m’avoir reçu, il a commencé à me faire des compliments sur la forme de mes fesses, affirmant qu’il aimerait pouvoir les tenir entre ses mains », soutient-il. « On nous présente comme deux voleurs. Pourtant, je ne suis pas un voleur. Je ne suis pas tombé pour un vol de sucre. Je suis tombé parce que j’ai refusé de me soumettre à certaines pratiques malsaines. »

Le militaire révoqué met également en cause le colonel Jean Garry Greffin. Selon son récit, ce dernier leur en voudrait après la divulgation dans la presse d’informations concernant une aide financière destinée à la veuve du soldat Marco, tué à Kenscoff. Il affirme que sur le chèque d’un million de gourdes qui devait être remis à la famille du militaire décédé, le colonel, après l’avoir encaissé, n’aurait versé que 100 000 gourdes à la veuve.
À l’en croire, la colère manifestée par le colonel Greffin lors de la cérémonie de révocation, au cours de laquelle leurs insignes et leurs uniformes leur ont été arrachés, serait directement liée à la divulgation de ces informations dans les médias. « Ils m’ont retiré mes insignes et mon uniforme, mais ils ne m’enlèveront ni ma dignité ni mon honneur », déclare-t-il.

L’ancien militaire révèle également avoir reçu, environ une heure après l’annonce de sa révocation, un appel anonyme particulièrement troublant. Selon son récit, un individu se présentant comme un membre du gang « Viv Ansanm » lui aurait proposé de rejoindre ses rangs afin de se venger de ceux qui l’ont écarté de l’institution militaire. Une information qu’il dit avoir immédiatement transmise à son avocat, lequel lui aurait recommandé la plus grande prudence.
Déterminé à contester cette décision, le soldat affirme travailler actuellement avec son cabinet d’avocats afin d’engager les démarches qu’il juge nécessaires. Selon lui, cette sanction porte atteinte non seulement à sa réputation, mais également à l’honneur de sa famille et de ses proches. « Cette humiliation ne touche pas seulement un soldat. Elle frappe une famille entière », dénonce-t-il.
Ces nouvelles allégations risquent d’alimenter davantage la controverse autour de cette affaire et de relancer les interrogations sur les véritables raisons ayant conduit à la révocation des deux militaires.
