Nourrissons et femmes enceintes exécutés, habitants massacrés dans leur sommeil — la vérité derrière le bain de sang à Cité Soleil [ENQUÊTE]

Pendant que les habitants fuient par milliers, la population accuse les autorités de regarder l’enfer s’installer sans réaction réelle. Depuis dimanche dernier, les habitants de plusieurs quartiers de Cité Soleil vivent l’une des attaques les plus sanglantes de ces dernières années.

Derrière les chiffres effrayants des attaques qui ravagent Cité Soleil depuis plusieurs jours, des témoignages bouleversants émergent. Des nourrissons tués, des femmes enceintes exécutées sommairement, des familles brûlées vives dans leurs maisons : les gangs armés, renforcés par des combattants venus de plusieurs régions du pays, mènent une offensive d’une brutalité extrême.

Là où l’enfer a commencé

Selon des informations recueillies par O-News 1ère auprès de plusieurs sources locales, les 18 et 19 avril 2026, les zones de Duvivier, Blanchard et Village Renaissance ont été attaquées par un trio de gangs composé des groupes « 400 Mawozo », « Chen Mechan » et « Taliban ». Face à la résistance des chefs de gangs de Cité Soleil — « Bengy », « Jonès » et « Mikanò » — plusieurs membres du camp rival ont été tués lors des affrontements.

Ne voulant pas encaisser la défaite, ce trio de gangs, renforcé par des combattants lourdement armés venus de Savien, de Mirebalais et de Saut-d’Eau, a relancé une offensive d’une violence extrême dans la nuit du dimanche 10 au lundi 11 mai. Plus déterminés que jamais à écraser leurs adversaires, les assaillants ont multiplié les frappes sanglantes, plongeant plusieurs quartiers de Cité Soleil dans un véritable enfer.

Une offensive en tenaille

Les criminels ont appliqué une véritable stratégie de « terre brûlée » sous les yeux d’un État absent, incendiant des maisons après avoir exécuté des habitants à l’intérieur. Leur objectif : anéantir les groupes rivaux occupant encore des zones stratégiques de la commune. Pour ce faire, les gangs ont lancé une offensive sur deux fronts à Wout 9 et sur la Route nationale #1. Ils tuent, violent, volent, détruisent et incendient tout sur leur passage.

Des témoins affirment à O-News 1ère que parmi les victimes figurent des nourrissons, des enfants en bas âge et des femmes enceintes exécutées sommairement. Dans certaines zones attaquées, des familles entières auraient été surprises dans leur sommeil avant d’être abattues ou brûlées vives. Des habitants racontent avoir vu des corps abandonnés dans les ruelles, sans aucune possibilité pour les proches de les récupérer à cause des tirs continus.

Une hécatombe humaine

Selon des sources concordantes contactées par O-News 1ère, plus d’une centaine de personnes auraient déjà été tuées depuis le début des affrontements, tandis que les combats se poursuivaient encore ce vendredi 15 mai, alors même que les autorités policières prétendent avoir repris le contrôle de la commune.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) rapporte que plus de 5 300 habitants ont fui leurs maisons dans un mouvement massif de déplacement forcé. Des milliers de familles vivent désormais dans des conditions précaires dans des sites improvisés ou chez des proches dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.

D’après les statistiques fournies par Fritznel Pierre, responsable de la structure « Konbit pou lapè », une organisation basée à Cité Soleil, joint à notre rédaction, 58 % des déplacés sont venus grossir les sites d’hébergement de Delmas, tandis que 28 % d’entre eux se sont dispersés dans la zone sud de Cité Soleil, où un semblant d’accalmie est observé.

Cité Soleil livrée au règne des gangs

Pour Fritznel Pierre, cette tragédie est aussi le résultat de l’effondrement total de l’État dans la commune. Depuis les attaques des 6 et 7 juin 2020, menées par les gangs de la coalition « G9 an fanmi », actuellement appelée « Viv Ansanm », la chaîne pénale y est pratiquement inexistante. Commissariats incendiés, absence de justice, manque de présence policière durable : les gangs ont progressivement transformé plusieurs quartiers en territoires totalement abandonnés par les autorités.

Aujourd’hui, dans les camps de déplacés, la colère monte autant que la peur. Des survivants accusent ouvertement l’État d’avoir laissé Cité Soleil sombrer dans une guerre sans limite. Pendant que les gangs avancent avec des armes de guerre, des milliers de familles tentent simplement de survivre, avec le sentiment glaçant d’avoir été totalement livrées à la mort.

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