ONU — Traite des Noirs reconnue crime majeur : l’abstention troublante du Bénin et de Madagascar choque les consciences

Moment historique pour la mémoire des peuples africains… et malaise inattendu sur la scène internationale. En reconnaissant la traite des esclaves africains comme l’un des crimes les plus graves contre l’humanité, la communauté internationale a franchi un cap. Mais l’abstention du Bénin et de Madagascar vient assombrir cette avancée. Un silence diplomatique qui suscite incompréhension… et indignation.

À l’Organisation des Nations unies, cette reconnaissance s’inscrit dans un long combat international pour faire admettre l’ampleur des injustices historiques liées à l’esclavage et à la déportation de millions d’Africains. Depuis des années, des États et des organisations militent pour une condamnation plus ferme de ces crimes, considérés comme ayant profondément marqué l’histoire de l’humanité.

Adoptée le mercredi 25 mars 2025, la résolution a rassemblé 123 voix pour, face à 3 oppositions (États-Unis, Israël, Argentine) et 52 abstentions. Mais parmi ces abstentions, deux noms résonnent avec une portée symbolique particulière. Le Bénin et Madagascar, nations profondément marquées par les cicatrices de la traite négrière et de la colonisation, et dont l’histoire reste liée aux dynamiques d’exploitation et de domination imposées par les puissances étrangères, ont choisi de ne pas s’associer clairement à cette reconnaissance historique. Un positionnement qui heurte, tant il semble en décalage avec leur propre héritage.

Car au-delà du vote, c’est une question de mémoire, de dignité et de responsabilité collective qui se joue. La traite négrière n’est pas un simple fait du passé : elle constitue une fracture profonde de l’histoire humaine, dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui. Dans ce combat pour la reconnaissance et la justice symbolique, chaque voix compte, et chaque silence pèse lourd.

Dès lors, l’abstention devient plus qu’un choix diplomatique : elle se transforme en message ambigu, voire en renoncement. Pour des nations issues d’une histoire marquée par l’esclavage, ce choix peut être vécu comme un malaise profond, voire une honte. Elle brouille le signal adressé aux générations actuelles et futures. Peut-on se tenir en retrait lorsqu’il s’agit de qualifier l’un des crimes les plus abjects de l’histoire ?

Pour beaucoup, les pays anciennement colonisés portent une responsabilité morale particulière dans la défense de la mémoire collective africaine. Ne pas soutenir une telle résolution peut apparaître comme une prise de distance vis-à-vis de cette mémoire, voire comme un affaiblissement du message adressé à la communauté internationale sur la gravité de la traite négrière.

Enfin, cette situation met en évidence la complexité des choix diplomatiques contemporains. Les États agissent souvent en fonction d’équilibres stratégiques, d’alliances ou d’intérêts politiques plus larges. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’un sujet aussi chargé d’histoire et d’émotion que la traite des Noirs, la dimension symbolique prend une importance considérable. C’est précisément ce décalage entre la portée morale du vote et la prudence diplomatique adoptée qui rend l’abstention particulièrement gênante aux yeux de nombreux observateurs.

Dans un monde en quête de vérité et de réparation, rester en retrait face à l’histoire, c’est déjà prendre le risque d’être jugé par elle. Car l’histoire, elle, n’oublie jamais les silences.

Par : Jerry ST-FLEUR, enseignant

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