de notre collaboratrice Sophia Chéry — À la tribune de l’ONU, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva relance la question du traitement réservé à Haïti par les puissances internationales, évoquant son indépendance, la dette imposée par la France et les limites de l’aide internationale.
Le 22 septembre 2026, à l’ouverture du débat général de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, Luiz Inácio Lula da Silva prononce un discours particulièrement dense sur la situation internationale. Depuis son arrivée au pouvoir en 2003, le chef de l’État brésilien s’est régulièrement fait l’avocat de la cause haïtienne à cette tribune.
Dans son intervention, Lula s’interroge sur le traitement réservé à Haïti par les grandes puissances. En évoquant la trajectoire de la première République noire libre du monde, Lula da Silva a qualifié d’« injustice historique » l’attitude de la métropole française et pose une question qui résonne encore : quel « péché » Haïti a-t-elle commis pour être ainsi marginalisée par le monde ?
Pour le dirigeant brésilien, les embûches géopolitiques, l’isolement diplomatique et surtout la colossale rançon financière — la « dette de l’indépendance » exigée en 1825 par le roi Charles X en échange de la reconnaissance de la souveraineté d’Haïti — ont lourdement hypothéqué l’avenir économique et le développement social du pays caribéen pendant des générations.
Le président brésilien établit notamment un lien avec l’histoire de la révolution haïtienne et l’abolition de l’esclavage. Il souligne le paradoxe d’un pays qui a conquis son indépendance après une révolution menée par des esclaves insurgés et qui, malgré cela, peine encore à obtenir un soutien international à la hauteur de ses besoins.
Lula critique également la manière dont l’aide internationale est organisée. Selon lui, lorsqu’il s’agit d’un pays pauvre, certains partenaires refusent de remettre directement les ressources à l’État au motif que celui-ci serait corrompu, préférant passer par des organisations non gouvernementales. Une approche qu’il présente comme problématique pour la construction d’un État capable de prendre lui-même en charge son développement.
Le dirigeant brésilien cite alors l’engagement de son pays en Haïti, notamment dans les domaines de la santé et des infrastructures. Il rappelle également la coopération entre le Brésil et Cuba dans le domaine hospitalier, ainsi que le soutien financier brésilien à plusieurs projets structurants en Haïti. Cette coopération s’est notamment poursuivie après le séisme dévastateur de 2010.
Les interrogations soulevées par Lula demeurent particulièrement sensibles. Entre dette historique, aide internationale, faiblesse institutionnelle et dépendance extérieure, une question demeure : Haïti a-t-elle besoin de davantage d’aide, ou d’un système international qui lui permette enfin de construire sa propre capacité de développement ?
