ICE traque et expulse des Haïtiens, Fils-Aimé signe en catimini un contrat de 780 000 dollars pour du lobbying à Washington

Dans le plus grand silence, le gouvernement de facto engage la firme de Roger Stone Jr. pour défendre ses intérêts aux États-Unis, sans expliquer publiquement pourquoi ni pour quels objectifs précis.

Le gouvernement de facto d’Alix Didier Fils-Aimé a signé, le 2 septembre 2026, un contrat de 12 mois avec Drake Ventures LLC, la firme de Roger Stone Jr., proche de longue date de Donald Trump. Signé par la ministre des Affaires étrangères, Raina Forbin, l’accord prévoit 65 000 dollars par mois, soit 780 000 dollars sur un an.

Pourtant, au moment où le contrat entre en vigueur, les Haïtiens aux États-Unis sont confrontés à la fin du TPS, aux arrestations de l’ICE et aux expulsions hebdomadaires vers Haïti. Le contrat, enregistré auprès du Département américain de la Justice, prévoit du « issue advocacy » et des « political activities », mais ne précise pas publiquement les dossiers que la firme doit défendre.

Cette nouvelle dépense soulève d’autant plus de questions que le gouvernement haïtien dispose déjà d’une firme de lobbying engagée à Washington. Continental Strategy, dirigée par Carlos Trujillo, avait été mandatée en 2025 pour représenter les intérêts d’Haïti auprès des décideurs américains, avec un contrat initial de 35 000 dollars par mois. Des déclarations FARA font également état de 314 940 dollars versés à cette firme pour des services effectués entre octobre 2025 et février 2026. Pourquoi, dans ces conditions, engager une deuxième structure pour 780 000 dollars supplémentaires par année ? Le gouvernement n’a, à ce stade, fourni aucune explication publique permettant de comprendre la complémentarité entre ces missions.

Le timing interpelle également : le contrat Drake Ventures entre en vigueur alors que des centaines d’Haïtiens sont arrêtés ou expulsés des États-Unis, tandis que le pays fait face à une crise sécuritaire et humanitaire majeure. Le document ne permet pas d’affirmer que Roger Stone Jr. a été engagé pour obtenir une prolongation de la transition, mais le silence du gouvernement sur les objectifs précis de cette mission de lobbying laisse une question centrale sans réponse : que cherche exactement le pouvoir de facto à obtenir à Washington en échange de 780 000 dollars de fonds publics ? Pour un contrat signé sans communication officielle en Haïti, la question de la transparence et de la justification de cette dépense se pose avec une acuité particulière.

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