Cap-Haïtien : catholique, Michel Saint-Croix interdit un rassemblement de vodouisants sur la Place Notre-Dame « pou yo pa fè bwi nan tèta Monseyè a »

À quelques jours de la commémoration de la cérémonie historique du Bois Caïman, une décision attribuée au président de la Commission municipale du Cap-Haïtien, Michel Saint-Croix, suscite des interrogations. De confession catholique, le responsable municipal aurait refusé d’autoriser des vodouisants à organiser, le 14 août prochain, leur traditionnelle activité sur la Place Notre-Dame, au cœur de la cité christophienne.

Selon les informations communiquées à O-News 1ère par le hougan Mémé Gonel, des pratiquants du vodou prévoient, comme chaque année, de se réunir sur la Place Notre-Dame du Cap-Haïtien à l’occasion de la commémoration de la cérémonie du Bois Caïman, événement majeur dans l’histoire de la lutte ayant conduit à l’indépendance d’Haïti.

Mais cette année, l’activité se heurterait au refus du président de la Commission municipale, Michel Saint-Croix. Selon le coordonnateur du « Konbit Vodouyizan Ayisyen (KVA) », le responsable municipal aurait fait savoir qu’il n’accorderait pas l’autorisation nécessaire à la tenue du rassemblement sur la Place Notre-Dame. Il aurait notamment invoqué la proximité de l’Archevêché du Cap-Haïtien et la nécessité de ne pas perturber, par le son des tambours, la quiétude de l’archevêque, dont la résidence se trouve à proximité de la place.

Malgré cette interdiction, le hougan Mémé Gonel affirme que les vodouisants ne comptent pas se laisser intimider. Selon lui, ils maintiennent leur décision d’organiser leur activité vodouesque sur la Place Notre-Dame le 14 août prochain, malgré le refus attribué au président de la Commission municipale. Le coordonnateur du KVA assure ainsi que les pratiquants entendent exercer leur droit de se réunir et de commémorer cet événement historique et religieux.

Une telle justification, si elle est confirmée, soulèverait une question fondamentale : de quelle autorité Michel Saint-Croix pourrait-il se prévaloir pour empêcher les pratiquants d’une religion reconnue par l’État haïtien d’occuper un espace public afin de commémorer un événement historique et religieux ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que le vodou est officiellement reconnu en Haïti comme religion à part entière depuis l’arrêté du 4 avril 2003 et que la Constitution haïtienne garantit la liberté de conscience et de religion, notamment en son article 30.

Au-delà même de la question religieuse, Bois Caïman occupe une place particulière dans la mémoire nationale. La cérémonie d’août 1791 est traditionnellement associée au déclenchement de l’insurrection générale des esclaves qui allait ouvrir la voie à la Révolution haïtienne et, treize ans plus tard, à la proclamation de l’indépendance. Empêcher ses héritiers spirituels de commémorer cet événement dans un espace public, pour préserver la tranquillité d’un dignitaire d’une autre confession religieuse, pourrait donc être perçu comme une différence de traitement difficilement conciliable avec le principe de neutralité de l’État en matière religieuse.

Avant la publication de cet article, O-News 1ère a tenté à plusieurs reprises d’entrer en contact avec Michel Saint-Croix afin de recueillir sa version des faits et de connaître les motifs exacts de cette décision présumée. Ces démarches sont toutefois restées sans succès, son téléphone n’étant pas joignable. O-News 1ère reste disponible pour publier sa réaction ou toute précision qu’il souhaiterait apporter.

Cette controverse intervient alors que le vodou est reconnu officiellement en Haïti comme religion à part entière. Dans un État qui garantit la liberté religieuse, une éventuelle interdiction fondée sur la volonté de préserver la tranquillité d’une autorité catholique poserait inévitablement la question de l’égalité de traitement entre les différentes confessions. À quelques jours du 14 août, les explications de la Commission municipale du Cap-Haïtien apparaissent donc indispensables.

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