Affaire Jovenel Moïse : avant son assassinat, l’ex-président surprend Dimitri Hérard en train de l’espionner pour le clan Martelly

Alors que l’affaire de l’assassinat de Jovenel Moïse connaît de nouveaux développements devant la justice américaine, les révélations du New York Times sur les dernières années de sa présidence ressurgissent. Selon plusieurs de ses conseillers, l’ancien chef de l’État se méfiait de Dimitri Hérard, son responsable de sécurité, qu’il soupçonnait de transmettre des informations sur ses activités à Charles « Kiko » Saint-Rémy, le beau-frère de Michel Martelly. Retour sur les réseaux d’influence qui auraient fragilisé son pouvoir avant son assassinat, le 7 juillet 2021.

L’assassinat de Jovenel Moïse continue de soulever des questions sur les réseaux politiques, économiques et sécuritaires qui entouraient l’ancien président. Au-delà des hommes directement accusés dans le dossier judiciaire, les circonstances de ses dernières années au pouvoir révèlent des tensions au sein même de son entourage.

Dans une enquête publiée en août 2021, le New York Times rapporte que Jovenel Moïse se méfiait profondément de Dimitri Hérard, qui occupait une fonction centrale dans le dispositif de sécurité présidentielle. Selon plusieurs conseillers de l’ancien chef de l’État et un diplomate international auquel il s’était confié, Hérard aurait été surpris en train d’espionner le président pour le compte de Kiko Saint-Rémy, en l’informant notamment des personnes qu’il rencontrait.

Ces révélations soulèvent une interrogation majeure : Jovenel Moïse pouvait-il réellement exercer son autorité alors qu’il soupçonnait un responsable de sa propre sécurité de renseigner un proche de son prédécesseur ?

Des relations d’affaires avant la présidence

Avant de devenir président, Jovenel Moïse entretenait déjà des relations avec des personnalités appartenant au cercle de Michel Martelly. Parmi elles figurait Charles Saint-Rémy, plus connu sous le surnom de Kiko, frère de Sophia Martelly et beau-frère de l’ancien président.

Selon les informations rapportées par le New York Times, les deux hommes avaient notamment été associés dans le commerce des anguilles. Cette relation d’affaires précédait donc l’arrivée de Jovenel Moïse au Palais national et son accession à la présidence en février 2017.

Kiko Saint-Rémy était une personnalité influente, dont les relations avec des responsables politiques et économiques suscitaient des interrogations. Le journal américain a également rapporté les soupçons de responsables haïtiens et d’anciens agents antidrogue américains concernant ses activités présumées dans le trafic de stupéfiants.

Martelly et ses proches auraient continué à peser sur le pouvoir

Choisi par Michel Martelly pour lui succéder, Jovenel Moïse était présenté comme un entrepreneur appelé à incarner une nouvelle génération politique. Mais, selon plusieurs témoignages recueillis par le New York Times, son accession à la présidence n’aurait pas mis fin à l’influence de l’ancien chef de l’État et de son entourage.

Des collaborateurs de Moïse ont décrit les interventions répétées de Michel Martelly et de ses proches dans les affaires de la présidence. Les nominations, les décisions politiques et certains intérêts économiques auraient été au cœur de ces rapports de force.

Loin de l’image d’une succession politique ordinaire, ces témoignages dessinent celle d’un président qui aurait éprouvé des difficultés à s’affranchir de ceux qui avaient contribué à son accession au pouvoir.

L’une des déclarations les plus marquantes de l’enquête est attribuée à Esther Antoine, une collaboratrice de Jovenel Moïse pendant la campagne présidentielle. Elle raconte que Sophia Martelly lui aurait déclaré que Jovenel Moïse était leur « propriété ».

Dimitri Hérard : pourquoi le président se méfiait-il de son responsable de sécurité ?

Les soupçons rapportés par le New York Times prennent une dimension particulière compte tenu de la fonction de Dimitri Hérard. Chargé de responsabilités importantes dans le dispositif de sécurité présidentielle, il se trouvait au cœur d’un appareil dont la mission était notamment de protéger le chef de l’État.

Selon les sources citées par le journal, Jovenel Moïse aurait découvert que Hérard informait Kiko Saint-Rémy de certaines de ses activités et de ses rencontres. Si ces informations étaient exactes, elles auraient constitué une grave rupture de confiance au sommet de l’État.

Pourquoi, dès lors, le président n’aurait-il pas écarté le responsable en qui il se méfiait ?

L’enquête permet d’envisager l’hypothèse d’un président confronté à des rapports de force qu’il ne maîtrisait pas entièrement. Mais les informations publiées ne démontrent pas que Michel Martelly empêchait directement Jovenel Moïse de révoquer Hérard.

Le rôle de Hérard dans le dispositif de sécurité présidentiel est d’autant plus sensible que, après l’assassinat du 7 juillet 2021, des questions majeures ont été soulevées sur les défaillances de la protection du chef de l’État. Les soupçons rapportés par la presse ne constituent cependant pas, à eux seuls, une preuve de sa participation à l’assassinat.

Un président qui aurait voulu s’attaquer à certains réseaux

Dans une autre enquête publiée en décembre 2021, le New York Times rapporte que Jovenel Moïse travaillait, avant sa mort, à la préparation d’un dossier sur des personnalités politiques et économiques soupçonnées d’être impliquées dans le trafic de stupéfiants. Selon quatre conseillers et responsables haïtiens cités par le journal, il envisageait de transmettre ces informations au gouvernement américain.

Les personnes chargées de préparer ce dossier auraient reçu pour instruction de ne ménager personne, y compris des personnalités qui avaient contribué à son accession au pouvoir.

Ces révélations ont alimenté les interrogations sur les conflits qui auraient pu opposer le président à certains membres de réseaux politiques et économiques influents. Elles ne permettent toutefois pas d’établir, à elles seules, que ces tensions constituent le mobile de son assassinat.

L’affaire se poursuit devant la justice américaine

Cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, la procédure judiciaire aux États-Unis connaît de nouveaux développements. Le 8 mai 2026, un jury fédéral de Miami a reconnu quatre hommes coupables de leur rôle dans le complot visant à renverser le président haïtien par la force. En septembre, 18 autres personnes ont été transférées de Haïti vers les États-Unis pour répondre de nouvelles accusations liées à l’affaire.

Ces développements judiciaires remettent en lumière les circonstances politiques et sécuritaires dans lesquelles Jovenel Moïse a exercé le pouvoir jusqu’à sa mort. Ils ne signifient pas pour autant que les accusations concernant les relations entre l’ancien président, Michel Martelly, Kiko Saint-Rémy et Dimitri Hérard ont toutes été établies devant un tribunal.

L’enquête du New York Times rappelle néanmoins que les dernières années de la présidence Moïse étaient marquées, selon plusieurs de ses collaborateurs, par des tensions profondes et une méfiance envers certains membres de son entourage.

Au-delà des accusations individuelles, une question demeure : dans quelle mesure les réseaux politiques et économiques qui avaient contribué à l’accession de Jovenel Moïse au pouvoir ont-ils continué à peser sur sa présidence, et que révèlent-ils des rapports de force qui existaient au sommet de l’État haïtien avant le 7 juillet 2021 ?

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