La proposition d’un exécutif bicéphale issue du Dialogue inter-haïtien relance un débat que beaucoup de citoyens croyaient clos. Après trois jours d’assises à l’hôtel Montana, l’idée d’un « collège présidentiel de trois membres » : un membre du CPT, un de la Cour de Cassation et un de la Société Civile accompagné d’un Premier ministre refait surface.
Cette proposition ressemble à une manœuvre de survie politique plus qu’à une solution nationale. Repeindre la transition avec un « exécutif bicéphale » ne change rien au fond : ce sont encore les mêmes cercles qui tentent de garder la main sur le pouvoir.
Après environ deux ans d’échecs, d’inaction et de crises aggravées, vouloir revenir avec une formule cousine du modèle décrié du Conseil Présidentiel de Transition frôle l’indécence politique. La population n’a vu ni résultats tangibles, ni amélioration sécuritaire, ni redressement institutionnel.
Les conseillers-présidents Louis Gérald Gilles, Edgard Leblanc Fils et Lesly Voltaire sont associés, dans l’opinion, à une transition qui n’a pas répondu aux attentes historiques du pays. Au lieu d’autocritique, on propose un nouveau montage institutionnel comme si la mémoire collective était courte.
Le pays n’a pas besoin de recompositions entre initiés, mais d’une rupture réelle. Continuer avec les mêmes acteurs donne l’impression d’une transition prise en otage par une élite politique qui refuse de passer le relais.
Haïti dispose pourtant de profils crédibles, neutres et compétents capables de conduire une transition courte vers des élections propres. Des personnalités sans agenda partisan lourd, avec pour seule mission de stabiliser et remettre le pays sur les rails.
À force de recycler les mêmes visages et les mêmes recettes, le risque est clair : accentuer la défiance populaire et ouvrir la voie à une crise politique encore plus profonde, après le 7 février 2026. Le peuple haïtien réclame un nouveau départ, pas une transition recyclée.
