Trop, c’est trop : Impunité par décret, protéger les puissants, museler la presse

Le peuple haïtien a faim.
Faim de sécurité.
Faim de justice.
Faim de vérité.

Et pendant que des familles fuient leurs quartiers, pendant que des enfants dorment dans des écoles transformées en abris, pendant que la corruption continue de ronger les institutions, que font les tenants du pouvoir ?

Ils adoptent des décrets qui compliquent la poursuite des puissants. Ils autorisent la prison pour des journalistes. Non. Ce n’est pas acceptable.

Il faut appeler les choses par leur nom. Un décret qui rend quasiment impossible la poursuite des anciens hauts responsables de l’État n’est pas une réforme institutionnelle. C’est une assurance-vie politique. Un décret qui ouvre la voie à la prison pour des journalistes dans un pays déjà hostile à la liberté de la presse n’est pas un ajustement juridique. C’est un signal d’intimidation.

Aujourd’hui, le Premier ministre de facto contesté Alix Didier Fils-Aimé est face à un test de crédibilité historique.

Une Haute Cour taillée pour l’impunité ?

Le premier décret concerne le fonctionnement de la Haute Cour de justice. Officiellement, il encadre les procédures contre les hauts responsables de l’État. En réalité, dénoncent les défenseurs des droits, il érige un mur quasi infranchissable contre toute poursuite judiciaire.

Pour qu’un ancien haut fonctionnaire soit mis en accusation, il faudrait l’aval des deux tiers de la Chambre des députés. Un seuil « pratiquement impossible » dans un contexte politique marqué par la fragmentation, les alliances opportunistes et les soupçons persistants de marchandage de votes.

Selon des observateurs, ce texte étend la compétence de la Haute Cour aux anciens dignitaires et crée un labyrinthe procédural qui éloigne ces dossiers des juridictions pénales ordinaires. En clair : un bouclier institutionnel pour les élites.

Exiger les deux tiers de la Chambre des députés pour engager une mise en accusation contre d’anciens dignitaires ? Dans le contexte haïtien actuel, c’est ériger un verrou presque infranchissable. Ce mécanisme ne renforce pas la stabilité. Il consolide l’impunité.

Dans un pays ravagé par la corruption systémique, où la population survit pendant que des milliards se dissipent dans les circuits opaques du pouvoir, ériger des obstacles supplémentaires à la reddition de comptes revient à tourner le dos au peuple.

La Haute Cour ne doit pas devenir une forteresse pour anciens puissants. Elle doit être un instrument de justice. Tout texte qui rend la justice inaccessible devient complice du système qu’il prétend encadrer.

Criminaliser la presse, affaiblir la démocratie

Le second décret inquiète tout autant : il prévoit des peines de prison pour les journalistes reconnus coupables de diffamation pénale.

Dans un pays déjà classé parmi les plus dangereux pour les professionnels des médias, cette disposition est perçue comme une tentative d’intimider les rédactions et de freiner les révélations sur la corruption.

La presse haïtienne travaille sous menace constante : gangs, pressions politiques, insécurité chronique. Ajouter la prison comme épée de Damoclès juridique, c’est chercher à refroidir les enquêtes.

Une démocratie ne se protège pas en muselant ceux qui questionnent le pouvoir. Elle se renforce en acceptant la critique. Autoriser la prison pour diffamation pénale dans un pays où les journalistes sont déjà menacés, attaqués, contraints à l’exil ?

C’est envoyer un message clair : « Enquêtez à vos risques et périls. » La liberté de la presse n’est pas une faveur accordée par le pouvoir. C’est un droit fondamental. C’est un pilier démocratique. C’est la dernière ligne de défense contre l’abus.

Quand on commence à intimider les journalistes, on ne protège pas l’État. On protège les secrets.

Monsieur le Premier ministre, l’histoire vous regarde

Ces décrets ont été adoptés dans un contexte de fin de mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT) et de manœuvres politiques. Aujourd’hui, le paysage a changé. Et Alix Didier Fils-Aimé ne peut pas rester dans l’ambiguïté.

Si le Premier ministre de facto contesté veut incarner une rupture, il doit agir. S’il veut parler de lutte contre la corruption, il doit le prouver. S’il veut la confiance du peuple, il doit choisir le camp du peuple.

Alix, soutenu par Washington, ne peut pas réclamer la confiance nationale et internationale tout en conservant des instruments perçus comme protecteurs d’impunité.

La lutte contre la corruption n’est pas un slogan diplomatique. La défense de la liberté de la presse n’est pas une posture. Ce sont des lignes rouges. Abroger ces décrets serait un signal fort. Les maintenir serait un aveu.

La position de O-News 1ère est claire

Nous refusons tout mécanisme qui rend la poursuite des hauts responsables pratiquement impossible. Il doit être revu ou annulé.

  • Tous les textes qui refroidissent la presse ou l’intimident doivent être retirés.
  • Tous les arrangements politiques maquillés en réformes institutionnelles doivent être annulés.

Le pays étouffe déjà sous l’insécurité et l’impunité. Il n’a pas besoin de lois qui consolident le silence ni de textes taillés sur mesure pour protéger les élites. Il a besoin de courage politique.

La justice ne doit pas être négociable. La liberté d’informer ne doit pas être criminalisée.

Il est temps de choisir. Et nous, à O-News 1ère, nous avons choisi le camp de la transparence, le camp de la reddition de comptes, le camp du peuple.

L’histoire retiendra les décisions prises maintenant.

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