Pourquoi tant de blindés, tant d’armes, tant de policiers et de militaires dans les rues de la capitale, Port-au-Prince, si le pouvoir est déjà verrouillé dans les salons feutrés de la diplomatie internationale ?
Pourquoi ce théâtre sécuritaire devant la Villa d’Accueil où résident les neuf conseillers présidentiels, si tout est déjà décidé ailleurs — à Washington, dans certaines chancelleries occidentales et dans les cercles fermés de l’oligarchie locale ?
La vérité est brutale : ces démonstrations de force ne protègent pas le peuple, elles protègent un arrangement politique. Elles sécurisent un pouvoir qui ne vient ni des urnes ni de la volonté populaire, mais de compromis imposés et d’intérêts bien calculés.
Et pendant ce temps, où est le peuple haïtien ? Absent des décisions. Absent des priorités. Absent des calculs.
On parle de transition, de stabilité, de sécurité. Mais stabilité pour qui ? Sécurité pour qui ? Certainement pas pour la majorité qui subit l’insécurité, la misère et l’incertitude au quotidien.
L’oligarchie économique avance ses pions, consolide ses positions, transforme l’État en instrument d’intérêts privés. Ce n’est plus une simple influence, c’est une prise de contrôle silencieuse. Mais de grands moyens financiers, on le sait tous, passent par la corruption.
La classe politique traditionnelle, fragmentée, affaiblie, parfois complice, regarde trop souvent sans agir. Pourtant, dans aucun pays digne de ce nom, le pouvoir du peuple ne se sous-traite pas au secteur privé ni ne se négocie dans des ambassades.
Le 7 février approche. Ce ne sera pas qu’une date symbolique. Ce sera un révélateur : révélateur de courage politique, révélateur de conscience citoyenne, révélateur de qui défend réellement la souveraineté nationale.
Haïti ne peut pas continuer à être un terrain d’expérimentation politique et économique pour d’autres. Haïti ne peut pas rester spectatrice de son propre destin.
Il est temps que la nation reprenne sa place au centre du jeu. Il est temps que le peuple cesse d’être une variable d’ajustement.
Parce qu’au bout du compte, un pays ne se gouverne pas contre son peuple.
