Didier lâché par Washington ? Le repositionnement discret des États-Unis dans la crise haïtienne

À l’approche du 7 février, date charnière pour la transition haïtienne, les signaux diplomatiques changent de ton. Le soutien américain au Premier ministre révoqué Alix Didier Fils-Aimé paraît s’estomper au profit d’une solution de consensus portée par la CARICOM. Derrière ce virage, une logique géopolitique froide : stabiliser rapidement le pays pour aller vers des élections.

L’entrée en scène plus ferme de la CARICOM dans la recherche d’un compromis entre acteurs haïtiens n’est pas anodine. Dès lors que l’organisation régionale impose aux acteurs haïtiens de s’asseoir autour d’une même table, c’est aussi le signe que les partenaires internationaux ne veulent plus miser sur une figure contestée. Un message implicite s’est dessiné : la solution ne passera plus par un homme, mais par un accord politique minimal entre Haïtiens. Dans ce contexte, Washington semble prendre ses distances avec Alix Didier Fils-Aimé.

La légitimité de Didier reposait entièrement sur le Conseil présidentiel de transition. Or, ce même CPT arrive à échéance le 7 février, et cinq (5) de ses membres majoritaires ont déjà acté sa révocation, conformément au décret du 12 avril 2024. Politiquement et diplomatiquement, cela fragilise fortement sa position. Défendre sur la scène internationale un Premier ministre révoqué et adossé à un organe en fin de vie institutionnelle devient intenable.

Certes, des relais de certains milieux du secteur privé des affaires ont tenté de plaider la cause d’Alix Didier Fils-Aimé à Washington et auprès de certains cercles diplomatiques. Mais la priorité américaine semble désormais ailleurs : organiser rapidement des élections crédibles et inclusives. Or, des scrutins perçus comme biaisés, boycottés par des partis politiques majeurs ou entachés de contestations aggraveraient l’instabilité plutôt que de la résoudre.

Dans cette logique, la médiation via la CARICOM apparaît comme une voie plus sûre. L’option d’un gouvernement technocratique, d’un exécutif partagé, sans appartenance politique, dans l’objectif de réduire les tensions partisanes et de renforcer la crédibilité institutionnelle, ainsi qu’un mécanisme de contrôle des dépenses de la transition, gagne du terrain.

Le délai supplémentaire de 72 heures, qui devrait se terminer mardi soir, accordé aux acteurs politiques pour dégager un consensus, montre que la pression internationale s’intensifie. En clair, pour Washington, Didier n’est plus la pièce centrale du jeu.

Dans une diplomatie guidée par le pragmatisme, les alliances sont rarement sentimentales et éternelles. Si la priorité est la stabilité et la tenue d’élections inclusives, alors tout acteur devenu trop contesté devient, de facto, vite remplaçable.

Si ce virage se confirme, la transition haïtienne entre dans une nouvelle phase où les équilibres se redessinent rapidement et où seuls les compromis politiques solides pourront survivre.

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