Le 2 mars 2026, à la Primature, le Premier ministre de facto contesté, Alix Didier Fils-Aimé, a réuni son Conseil des ministres pour plancher sur un remaniement ministériel qui, de fait, a accouché d’un nouveau cabinet d’environ dix-huit membres. Un cabinet présenté comme une réponse à la crise. Un cabinet censé incarner l’ouverture. Un cabinet promis comme technique, impartial et éthique. Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Car on nous a livré un club d’amis.
L’article 3 du « Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections » parlait pourtant clair : « Dès la signature du Pacte national, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé entame des consultations pour former un cabinet ministériel impartial, technique et efficace avec des hommes et des femmes choisis sur la base de critères de compétence, d’objectivité et d’éthique. »
Impartial. Technique. Efficace. Trois mots. Trois engagements. Trois mensonges.
Impartial ? Quand les mêmes réseaux gravitent autour des mêmes postes stratégiques.
Technique ? Quand les logiques politiques priment sur l’intérêt national.
Efficace ? Quand l’État devient une récompense distribuée entre alliés.
En un mot, ce cabinet ministériel ne respire pas la rupture. Il sent la continuité. Il pue la reproduction d’un système qui survit en recyclant les mêmes figures, les mêmes clans, les mêmes compromis opaques.
Depuis le 7 février 1986, le peuple haïtien tente de sortir de l’ombre de la dictature des Duvalier pour entrer dans la lumière de la démocratie. Quarante ans plus tard, le pays oscille entre espoirs trahis et transitions sans fin. On change les visages. On ne change pas le système.
Aujourd’hui encore, la République semble confisquée. Pendant que les gangs dictent leur loi, l’insécurité étouffe les quartiers. Pendant que les familles ont faim. Pendant que les jeunes fuient par milliers ou se terrent. À la Primature, on verrouille les postes. Le peuple regarde. Le peuple comprend. Le peuple n’est pas dupe.
Ce cabinet ministériel ne répond pas à l’urgence nationale ni à la refondation de la République. Il répond à des équilibres politiques. Il prépare des élections sous contrôle. Il organise la survie d’un pouvoir contesté.
Et pendant ce temps, on parle d’élections. Mais qui les organisera ? Avec quels moyens ? Au profit de qui ?
Le peuple haïtien n’a pas signé pour un exécutivisme arrogant. Le peuple haïtien n’a pas souffert pour voir l’État capturé par de petits cercles d’influence.
À O-News 1ère, nous refusons la complaisance. Nous refusons le silence. Nous refusons le maquillage politique.
Haïti n’est pas une société anonyme. Haïti n’est pas une caisse privée. Haïti n’est pas un cabinet de copains voyous. Haïti n’est pas un butin à partager. Haïti n’est pas le terrain de jeu de quelques stratèges en quête de survie politique.
Haïti appartient à son peuple. À ce peuple résilient. À ce peuple meurtri. À ce peuple qui exige sécurité, dignité, justice.
Ce pays, l’héritage légué par nos ancêtres, n’a pas besoin d’un cabinet de copains. Il a besoin d’un gouvernement qui rompe, qui tranche, qui assume.
Messieurs les décideurs, cessez de nous prendre pour des cons. L’heure n’est plus aux arrangements. L’heure est aux comptes. Et le peuple haïtien n’est ni aveugle ni amnésique. Il observe. Il encaisse. Mais il n’oublie jamais.
