Ils étaient partis « déjeuner » avec Monsieur l’Ambassadeur… et si les journalistes avaient si faim que ça ?

Dans un post publié très tôt le jeudi 29 janvier, l’Ambassade des États-Unis en Haïti a révélé, sur ses réseaux sociaux, que l’ambassadeur Wooster a « déjeuné » avec plusieurs journalistes haïtiens. Une information présentée comme anodine, mais qui, dans le contexte haïtien, sonne comme un aveu troublant de proximité et d’influence.

Qu’on cesse l’hypocrisie : dans quel manuel de déontologie ou d’éthique journalistique a-t-on déjà lu qu’un journaliste doit aller partager un repas dans les bureaux d’une ambassade avec du personnel diplomatique ? Nulle part. Ce n’est ni une norme, ni une pratique professionnelle acceptable. C’est une ligne rouge.

Un journaliste peut se rendre dans une ambassade pour une interview officielle, une conférence de presse, un point de presse public ou un entretien formel. Mais aller y « déjeuner » relève d’une familiarité suspecte, qui brouille les frontières entre information indépendante et influence politique.

Il faut appeler un chat, un chat. Ce n’était pas un événement journalistique standard. Ce n’était pas une rencontre institutionnelle classique. C’était un repas, un geste symbolique lourd de sens, dans un pays où les décisions politiques majeures sont souvent façonnées par des intérêts étrangers, notamment ceux des États-Unis.

Et pendant ce temps, l’ambassade se permet de déclarer : « Nous soutenons les professionnels de la presse et des médias qui exercent leur métier d’une manière responsable et éthique. » Ironie glaçante. Depuis quand une ambassade étrangère se donne-t-elle le droit d’évaluer l’éthique des journalistes haïtiens ?

La vraie question est brutale, mais nécessaire : qui influence qui ? À qui servent réellement ces journalistes ? Et surtout, la presse haïtienne est-elle encore un contre-pouvoir libre, ou glisse-t-elle dangereusement vers un rôle de relais complaisant des puissances étrangères ?

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