Il y a parfois des déclarations qui vieillissent mal. Très mal. En voulant défendre le monopole de Sunrise Airways dans le ciel haïtien, son PDG Philippe Bayard affirmait, il y a quelques mois, qu’aucune compagnie aérienne ne pouvait légalement opérer entre deux pays dont elle n’est pas originaire. Sept (7) mois plus tard, les faits viennent contredire brutalement ce discours.
Pour justifier sa position dominante dans le secteur de l’aviation en Haïti, le PDG de Sunrise Airways, Philippe Bayard, déclarait dans une interview accordée à AyiboPost en juillet 2025 qu’une compagnie étrangère ne pouvait pas assurer une liaison entre Haïti et les États-Unis si elle n’était ni américaine ni haïtienne.
Selon lui, c’était précisément la raison pour laquelle la compagnie Aruba Airlines, basée à Aruba, ne pouvait pas assurer la liaison Haïti–États-Unis.
L’argument se voulait catégorique, presque doctrinal : « Dans aucun pays du monde, on ne donne une licence d’exploitation à une compagnie aérienne pour opérer entre deux pays si elle n’est originaire d’aucun de ces deux pays. »
Un principe présenté comme une règle universelle. Mais voilà que la réalité vient brutalement fissurer ce discours. Le 3 mars 2026, Sunrise Airways, compagnie haïtienne dirigée par Philippe Bayard, a ouvert une liaison entre Saint-Domingue, en République dominicaine, et Antigua, dans l’État d’Antigua-et-Barbuda.
Une liaison entre deux pays dont Sunrise n’est originaire d’aucun. Une autre liaison est prévue entre Saint-Domingue et Tortola, dans les Îles Vierges britanniques. Autrement dit : exactement ce que Bayard affirmait sept (7) mois auparavant être impossible « dans aucun pays du monde ».
La contradiction est flagrante. En créole haïtien, on appelle cela simplement : « twou manti pa fon ». Un mensonge qui ne tient pas longtemps face aux faits. Car derrière ce discours juridique se cache une réalité beaucoup plus simple : la défense d’un monopole.
Depuis des années, le marché aérien haïtien fonctionne dans un environnement extrêmement limité, où les consommateurs n’ont que très peu d’alternatives. Cette situation permet aux compagnies dominantes d’imposer des tarifs élevés, avec un service de mauvaise qualité, souvent hors de portée d’une grande partie de la population.
Empêcher l’arrivée de nouveaux acteurs sur certaines routes stratégiques devient alors un enjeu économique majeur. Mais lorsque ceux qui invoquent les règles pour bloquer la concurrence se mettent eux-mêmes à contourner ces mêmes principes ailleurs, le discours perd toute crédibilité. Ce qui était présenté comme une règle universelle apparaît soudain comme un argument circonstanciel.
Une chose est certaine : les passagers haïtiens, eux, continuent de payer le prix fort. Et pendant que certains plaident pour fermer le ciel d’Haïti à la concurrence, leurs avions décollent tranquillement vers d’autres horizons. Drôle de coïncidence.
À O-News 1ère, nous posons simplement la question : s’agissait-il vraiment d’un principe… ou d’une stratégie pour préserver un monopole ?
